[* Héhé, les histoires de Brisefer, je ne voudrais pas dire, mais ça a toujours été les meilleures. Le grand drame de ma vie: que Brisefer soit devenu en grandissant un garçon raisonnable et sans histoire, et que par conséquent j'aie de moins en moins l'occase d'en raconter une, d'histoire de Brisefer.]
Ma voiture nouvelle, figure-toi qu'elle marche sans clé et cette histoire de voiture qui démarre sans clé de contact (avec un petit boîtier qui commande le démarrage à distance, une clé sans contact ça s'appelle) (tu vois de quoi je cause, je pense) (je dis ça, mais sûr, ma mère elle voit pas, et moi je ne voyais pas non plus avant cette histoire), ça m'a rappelé une histoire de Brisefer (= une histoire drôle) (tu te doutes) que je ne crois pas t'avoir jamais racontée et c'est bien dommage, tu vas voir.
Il y a deux ans, lors d'un grand weekend, Brisefer part faire du surf avec son grand copain de tous les bons coups dans le Pays Basque, avec la voiture du père du copain (voiture avec une clé sans contact, tu as compris), ils se relaient pour conduire, ils mangent des bananes, il fait beau, tout va bien. En arrivant là-bas, ils sont tellement contents qu'ils s'arrêtent faire un selfie, toutes dents dehors, avec la mer derrière (et un bout de la voiture, détail qui aura son importance tout à l'heure).
Ils repartent, c'est toujours le bonheur infini et éternel sans divorce, vers un tout petit patelin côté espagnol où ils vont passer la nuit. Le lendemain, c'est surf, c'est la belle vie qui commence.
Mais le lendemain, enfer et putréfaction, pas moyen de démarrer la voiture. Pas moyen de trouver ce fichu boîtier, nulle part, jamais.
Village paumé au fin fond de l'Espagne, donc, où le portable passe mal et comble de malchance: c'est jour férié. Un peu obligé qu'il y en ait un qui reste dans la voiture qui ne peut plus être verrouillée sans boîtier, pendant que l'autre part à perpète téléphoner et les ravitailler. Le garagiste qui dit qu'il y en a pour plus d'une semaine et encore pour refaire une clé, qu'il faut faire une demande en préfecture et que ça leur coûtera au moins la peau du cul sous la combi de surf .
Honteux et confus et bien emmerdés aussi, ils doivent se résoudre à choisir l'option fatale le père du copain (et accessoirement le patron de Brisefer) (tu lis bien) qui fait 600 km pour les rejoindre et leur apporter un double du boîtier (accessoirement aussi, le père et patron, sans aller dire qu'il était raviravi, hein, faut pas pousser Mémé dans les orties sauvages non plus, a dit que ça ne le dérangeait pas trop, ça allait lui permettre de passer quelques jours au Pays Basque avec sa femme) (je jure).
En attendant qu'ils les rejoignent, depuis leur petit trou du cul du monde espagnol, Brisefer et le copain n'ont pas grand'chose d'autre à faire que de reufleuchir en boucle à l'endroit où ils ont bien pu perdre le boîtier.
Et regarder leurs selfies.
Ah ben tiens, sur le dernier, celui où il y a un petit bout de voiture dessus et qu'on a pris devant la mer juste avant de démarrer la dernière fois, en zoomant bien gros sur le toit, à côté de deux peaux de banane on distingue nettement le boîtier, dis donc.