A Granville, il y a la meilleure crêperie du monde, l'Echauguette, bon, le beurre n'y a jamais entendu causer de modération, mais l'Ours-mon-mari et moi on y retourne à chaque fois qu'on est dans le coin et c'est toujours aussi bon que dans nos souvenirs. Et à Granville, on prend le thé chez Picorette, où les scones sortent à l'instant du four et où il faut choisir entre au moins huit cents références (à ce stade là, on ne choisit plus seulement un thé mais une destinée, presque). Bref, thé vert Nuits slaves et baies sauvages ou thé blanc Songes dorés de Mandchourie? Ça nous a encore bien occupés, cette affaire.
A Granville, l'Ours et moi, on connaît bien le cinéma, vu qu'on s'y réfugie chaque fois qu'on vient et qu'il pleut (souvent) (toujours, même). La pluie normande est large, déterminé, horizontale, je te signale. C'est pas une pluie qui tombe mais une pluie qui attaque (je deviens parano avec l'âge, ou bien?). Ce ciné, il est trois en un: il est classieux d'abord, et puis tu peux à la fois te faire une toile ET laisser sécher tes chaussettes avant de repartir, c'est très pratique.
A Granville, il y a la pluie mais aussi il y a le vent, qui est roi ici, et qui immédiatement rappelle à tes cheveux qui c'est qui commande ici nan mais sans blague. Il te faut abandonner vite fait toute ambition esthétique et te résigner à ressembler à un épouvantail (trempé). Le vent décide de ta coiffure, donc, mais aussi de ta trajectoire, et indéniablement de ton humeur générale (et peut-être même aussi de tes opinions politiques, je me demande s'il n'y aurait pas des études à faire sur le sujet.)
A Granville, il y a les jardins de la maison de Christian Dior et c'est bien joli cette lumière et toutes ces fleurs parfaitement bien élevées, c'est très chouette de s'y promener en rêvant qu'on est une dame chic des années trente, on est d'accord, ça serait même parfait s'il ne fallait pas grimper autant que des chèvres de montagne sous caféine pour y parvenir et si j'avais pensé à prendre mon coupe vent, aussi, tiens.
A Granville, je pourrais fort bien décider de venir finir mes jours [si je n'avais pas déjà décidé que ça serait à Dinan ou à Albi ou à Copenhague. Boire du cidre en bottes et ciré jaune face à la Manche ou du thé en sandales et robe de lin beige à Albi ou vivre dans une maison aux murs blancs à Copenhague, avec des bougies partout et un plaid sur les genoux pendant que mijote ma soupe aux légumes-racines, j'hésite encore, à vrai dire (si je n'y prends pas garde, l'organisation logistique de ma vie pourrait vite devenir un vrai sujet.)]
Et last but not least, ce qui est bien, quand tu rentres de Granville le dimanche soir (sous la pluie, what else?), c'est qu'il y a tellement de bouchons sur la route que tu as laaargement le temps de préparer ta classe jusqu'en juillet, de faire ta liste de courses pour la semaine et la suivante, d'appeler tous les membres de ta famille sur trois générations, de zieuter les photos de tes Bébézous depuis leur naissance (je ne sais pas si on estime bien le volume, là?) ET d'écrire ton billet de blog. Alooors, elle est pas belle, la Normandie?
Post scrotum: j'ai commencé, longtemps après tout le monde, La maison vide de Laurent Mauvignier, et ça me plaît beaucoup, beaucoup.

