A l'origine, il y avait l'envie d’écrire, un peu n’importe quoi n'importe comment n’importe quand, et pourquoi pas ici. Comme je voudrais et tant que j'en aurais envie, disons. Envie qui s'est prolongée, donc. Bon, il y a eu les périodes prolifiques et des saisons sèches, une période Je vais tout arrêter étant généralement par une autre Je vais écrire tous les jours (divulgaching: non), les élans soudains, les renoncements très provisoires. Il y a eu les moments Faut que je fasse gaffe à ce que j'écris (l'oeil de Moscou professionnel, l'adoleschiance des enfants et toute la famille qui lit) et les période Allez, rien à foutre, elle est liiibre, Zouzou.
Aaah ça, il en a vu passer, des choses, du temps, ce blog, stoïque, fidèle, moqueur, nostalgique, il en a vu évoluer, un couple, grandir, des petits enfants, il en a vu vieillir, une femme (hum). Il a tout encaissé, avec une patience remarquable. Et assez souvent, figurez-vous, j'y reviens, je l'ouvre un peu au hasard à n'importe quelle page, et je me souviens. Je me souviens de l'Ours, qui nous faisait manger ni vu ni connu de la soupe à l'éponge, de mon petit Brisefer aux cheveux d'or qui imitait la signature de son père quand il recevait une punition au CM1, et qui aimait bien cuisiner, de ma sensible Minipuce qui voulait que je lui écrive des lettres, mais pas de l'amour, et qui avait bien des soucis avec ses copines, de ma Puceminus qui aimait tant le chocolat, et faire des blagues, eux qui sont devenus aujourd'hui de si belles grandes personnes, je me souviens que la vieille Bête féroce partiellement sourde et bigleuse présentement couchée sur mon ventre tandis que j'écris ces mots a été une adorable petite chatonne. Et je lui suis tellement reconnaissante de m'aider à me souvenir de tout ça. Vingt ans à semer des petits cailloux de mots pour retrouver le chemin de choses que j’étais à peu près sûre d’oublier, sans lui.
Je suis (oh combien) heureuse aussi, que ce blog ait mis sur ma route et dans ma vie depuis vingt ans mon indispensable partner in crime.
Et puis au fil de ces vingt ans, il y a vous (pluriel flou): les fidèles, les intermittents, les disparus, les revenus, ceux qui commentent, ceux qui ont commenté puis se sont tus, ceux qui lisent sans jamais rien dire (je vous vois quand même). Mais j'écris ici depuis vingt ans, en sachant que quelqu’un, quelque part, lit. C’est une relation étrange, un peu déséquilibrée, faite de connivence invisible et de rendez-vous manqués qui tiennent malgré tout. Et rien que pour ça mon cœur fait BOUM. Merci.
Et je me disais, vraiment comme ça hein, l’air de rien, que tiens, ce serait beau, aujourd'hui, d'entendre des voix, plus que d'ordinaire (n'est-ce pas?), dans les commentaires, même discrètes, même maladroites, même tardives, même timides (car les timides m'intéressent). Juste pour faire bruisser un peu ce lieu, pour rappeler qu’il a toujours été vivant parce que vous étiez là. Si jamais vous aviez envie de dire quelque chose… eh bien, disons que je saurais quoi en faire.
Vingt ans, donc. Ce blog respire encore, contre toute attente. Et moi aussi, visiblement.