Ma collègue, elle fait de la danse avec ses élèves. Comme elle est vraiment inconsciente consciencieuse, elle invite bientôt les parents pour une petite représentation. Comme elle est artiste dans l'âme, elle a fabriqué elle- même la musique du spectacle, artisanalement, sur un vieux magnétophone, avec des bruits enregistrés dans la cour, dans la classe, dans la rue. C'est expérimental, c'est original, c'est validé par l'Education Nationale.
Et l'autre soir, j'écoutais dans ma voiture la cassette que m'avait prêtée ma collègue le jour même, pour avoir mon avis éclairé.
Or j'avais beau être bienveillante tout plein eu égard au travail réalisé par ma collègue, je trouvais néanmoins sa musique un peu pénible.
C'était beaucoup de tintouin, des gosses qui crient, qui courent, qui font du tam-tam, le bruit des voitures qui passent devant la cour de récré, plus quantité de sons indéterminés.
Il y avait par dessus tout cela une espèce de bruit, comme un pin pon, une sirène, un gyrophare, quoi.
Ce bruit était récurrent et très fort.
Je me penchai pour éteindre parce que cette musique m'insupportait à la longue et le pin pon encore plus que le reste, avec la ferme intention de dire le lendemain à ma collègue que c'était chouette comme tout sa musique, quand j'aperçus dans un coin de mon rétroviseur un camion de pompier, grand et rouge avec des pompiers dedans.
Avec des pompiers dedans qui me faisaient de grands signes de dégager la route, nom d'un chien.
Brave fille, je me poussai donc sur le côté pour céder élégamment le passage, et tandis que je me tournai pour les regarder passer, prête à leur offrir au passage mon sourire tout empli de reconnaissance et d'admiration pour leur beau et noble métier,
je vis avec stupéfaction,
enfer et putréfaction,
le pompier sur le siège passager
me faire
son plus beau doigt d'honneur.
Vous avez bien lu :
U N P O M P I E R M ' A F A I T U N D O I G T D' H O N N E U R.
Alors que je les laissais passer ( que j'avais mis du temps à comprendre qu'ils voulaient passer, certes) ( mais quand même, je les laissais passer que je sache).
Mais où va-ton, je vous le demande, ma bonn'dame, on est quand même tombé bien bas, pôv' René, ah ben elle est belle la France.
Autant vous dire, j'ai remis ma K7 à fond les manettes et plus jamais de la vie je laisse passer un camion de pompier, nanmého.
Et ce sera pas la peine de mettre la sirène pour m'impressionner, hein.