Maman Bellzouzou est une femme très distinguée.
Dans l'ancien temps, elle était prof.
De lettres.
De lettres classiques. Français, latin, grec, trois en un.
D'ailleurs, son surnom, c'est Madame Grammaire.
C'est vous dire si c'est une femme distinguée.
Pourtant, Maman Bellzouzou a toujours eu une double vie un double langage.
Si elle sait parler un français irréprochable et hautement châtié devant les inconnus (c'est le langage soutenu, vous vous souvenez?), elle réserve pour ses proches ses paroles les plus ordurières (c'est le langage familier, -grossier même- ça vous rappelle quelque chose?).
N'insistez pas pour avoir des exemples, vous pourriez en être très choqués. Sachez seulement que ma môman met un point d'honneur à placer finement au moins un gros mot dans chaque phrase. En dire deux ou trois d'affilée ne lui fait pas peur. Trois ou quatre sont une bonne petite moyenne quand elle se sent en trime.
Mais ce n'est pas tout.
Maman Bellzouzou a aussi un drôle de langage qui n'appartient qu'à elle et que seuls ses proches (et peut-être vous aussi, amis Québécois) savent décoder.
Il s'agit d'une façon de parler un peu datée, anachronique pour ne pas dire antédiluvienne. Ma môman parle de "la malle de son auto", de ses "souliers", de son "frigidaire". parfois, on se moque d'elle, ou on fait semblant de ne pas comprendre, mais elle rétorque invariablement: "aaaaaaaaah oui, et tu dis comment, toi?"
Parfois, Maman Bellzouzou dit des choses étranges, mais c'est parce qu'elle ne pense pas (à) ce qu'elle dit. Par exemple, elle a l'habitude d'appeler son coiffeur en lui disant :"j'voudrais un rendez-vous pour me faire couper la tête"(maintenant, il a l'habitude, mais la première fois, ça lui a fait tout drôle. Il insiste néanmoins auprès de ses employés pour que ce soit toujours LUI qui s'occupe d'elle, on n'est jamais trop prudent avec les doux-dingues) .
(à suivre...)



alors vous êtes victimes d'une vaste supercherie, une escroquerie à l'échelle inter-planétaire, une filouterie intégrale.
(Château de Malval)


