Dans la cour de l'école, il y a un grand marronnier, qui chaque année nous fournit en marrons à foison, même que ça nous enquiquine grave et profond parce que ça nous demande une vigilance de tous les instants, les petits se les enfoncent dans les trous de nez et les grands se les balancent sur la tronche, et quand ils ne se les fourrent pas dans les trous de nez ou qu'ils ne se les balancent pas sur la tronche, donc, ils s'en remplissent les poches pour donner à leur maman le soir (ça lui fait toujours très plaisir), et les marrons finissent invariablement par tomber par terre dans la classe et font glisser la maîtresse quand elle marche dessus (ne visualisez surtout pas la scène, vous me ferez plaisir).
N'empêche, avec ces marrons, tous les ans, on trouve des trucs de maîtresse à faire, du genre aller les ramasser tous ensemble en les cherchant sous les feuilles, compter combien il y en a, combien il en manque pour en faire autant que des cheveux sur la tête à Juppé (on travaille sur les toutes petites quantités), les classer par taille et par couleur (euh.), et je t'en passe mon ami, tu visualises bien, je pense.
Bref.
Mais cette année, point de marrons sous notre marronnier, va savoir pourquoi, (on s'en fout un peu d'ailleurs), toujours est-il qu'on n'a pas de marron pour bosser cette année, bordel, tout le monde se lamente c'est bien malheureux cette histoire de marrons, quand même.
Alors aux grands mots les grands remèdes, il y a une maîtresse un peu plus futée que les autres (dit-elle modestement), qui s'en va un soir faire un tour au parc d'à côté de chez elle et qui en revient avec un sac plein de marrons qu'elle déverse secrètement mais néanmoins artistiquement et, ajouterais-je, parfaitement scientifiquement tout autour du marronnier de l'école le lendemain matin à l'aube, provoquant la stupéfaction de ses collègues à la récré, qui n'ont même pas été foutus de voir un lien de cause à effet entre ces marrons tombés subitement du ciel et le fait que j'étais arrivée drôlement en avance, pour une fois, le matin.