(Autant vous dire que mon hamac est encore sous cellophane. si, si, j'vous jure. ) Figurez-vous que c'est très bientôt le "gala" de danse de Minipuce (ben oui, c'est une petite fille qui se respecte, elle fait de la danse).
Figurez-vous aussi que sa maîtresse de danse se la joue je sors le grand jeu, genre, avec un costume différent pour chaque musique et, en bonus, un autre costume pour le final. Que les costumes sont fait-maison, comme le bon pain. Comme les bonnes pâtes, même.
Figurez-vous enfin qu'il n'y a pas écrit
Fred la fée sur ma face et que Bellzouzou n'a pas honte de le dire, ELLE NE SAIT PAS COUDRE UN BOUTON (vu que d'ailleurs, elle ne sait même pas enfiler le fil dans l'aiguille).
Pour couronner le tout, imaginez-vous que la confection des costumes est supervisée par une inspectrice des travaux finis mandatée par la maîtresse de danse.
Rosemonde herself (y'a mieux, mais c'est plus cher).
Tout un programme, vous pouvez me croire.
Depuis que je la fréquente, ma vie en est toute bouleversifiée.
Une binette de mamie de 80 balais bien tassés, un oeil qui dit merde à l'autre, le sourire en brin d'herbe et quelques poils de moustache pour faire bonne bouche; il lui manque aussi deux ratiches, ce qui la fait zozoter mignon.
Mais croyez pas que ça la rende sympatoche, hein.
Aimable comme un pot de pissou la mémé et c'est peu dire.
Une roupéteuse première classe, une commère premier choix, une enquiquineuse première catégorie.
Avec son air con et sa vue basse, elle est quand même toujours affairée, (c'est qu'elle mène le monde, hein, elle n'a pas une minute à elle), elle n'a surtout pas une seconde à vous consacrer pour vous renseigner; elle fouine dans ses sacs en plastoc à la recherche des patrons qu'elles a toujours perdus ou oubliés ou prêtés à quelqu'un qui ne les lui a pas rendus (ah, les gens...), à la recherche des tissus qu'elle vend aux mères de familles avec un sourire à 14€99, encaissant les chèques en prévenant mielleusement: "et attention, ne gaspillez pas, c'est calculé au plus près!!!"
Et on ne peut s'adresser qu'à elle, vu que c'est elle qui a acheté les tissus, dessiné les patrons, tout organisé dans sa petite tête de fouine teigneuse. Surtout vu qu'il y a qu'elle qui a compris ce qu'il fallait faire. Pourtant, tout avait bien commencé. En brave maman que je me dois d'être, je suis allée à la "réunion de préparation du gala", je me suis assise au premier rang, j'ai écouté attentivement, pris des notes, et même pas regardé une seule fois le papa de L. qui a les yeux si bleus et un si charmant profil. Je ne vous parle même pas de son derrière.
J'ai tout compris, surtout quand Rosemonde nous a assuré que c'était un jeu d'enfant à faire, ces costumes, en trois coups de cuiller à pot c'était fait, emballé c'est pesé, braves gens, n'ayez crainte.
Une chierie, oui.
Un premier costume d'une vulgarité sans nom, une jupe-tablier avec bretelles et ceinture intégrée (quand on vous disait que c'était simple, hein,) avec juste assez de tissu pour arriver pile-poil sous les fesses et montrer la couleur de la culotte.
Quant à l'autre tissu, celui de la capeline qu'on dirait un t'chador sauf qu'elle est blanche, c'est du voile à rideaux, (très facile à travailler c'est bien connu, surtout d'une grande spécialiste comme moi), genre qui s'effiloche, genre que quand tu as raté tu peux pas défaire sinon ça se déchire, genre qui te glisse entre les doigts quand tu poses le galon sur le devant, sur le derrière, sur les côtés, sur la capuche (ouiiiiiiiiiii, y' a une capuche aussiiiiiiiiiiii je vous avais pas diiiiiit?) et sur les manches.
Bon. faut que je vous avoue. J'ai appelé ma môman. Sans elle, j'allais me pendre direct. Ma môman, elle a appelé sa soeur, vu que l'affaire était grave. Toutes ensemble, par mails interposés, nous avons examiné la chose, réfléchi, médité, calculé, ruminé, pesté, maudi.
Ma môman, elle a tenté de comprendre les patrons, elle a dégrossi, elle a démélé le sac de noeud, elle a bâti, elle a cousu, tout ça alors qu'elle aurait dû couler une retraite heureuse, pauvre femme. Et puis comme elle allait péter un plomb, elle est partie se faire voir chez les Grecs avec mon père. La première main a refilé le bébé à la petite main d'un laconique "maintenant, débrouille-toi".
J'vais pas vous mentir, les gens, y m'reste plus grand'chose à faire, juste les galons à coudre un peu partout sur la capeline, mais bon, ça m'a déjà pris plusieurs dizaines d'heures pour un résultat top merdichou.
Evidemment que j'ai pensé mille fois abdiquer, je me serais bien débinée en deux coups les gros et fait la malle fissa sans la Minipuce qui en rêve la nuit de son gala de mes deux, qu'elle fait même pas d'histoire pour se coucher le soir "passke pour bien danser faut être en forme".
Pauvre petite âme innocente, Maman se saignera aux quatre veines pour que tu puisses être la plus belle dans tes jolis costumes pour aller danser. Alors Bellzouzou porte sa croix en serrant les dents et sans rouspétance, mais écoute moi bien, Rosemonde, je vais bien te l'articuler rapport à tes portugaises ensablées: une fois le gala passé (d'ici là, j'veux pas d'ennuis, avec toutes les misères que tu m'fais, y manquerait plus que je la voie pas danser, ma fille), je te f'rai la peau, vieille bique.
Et ma mère elle viendra m'aider.